(d’après « les iles de Marseille »)

 

Encore trop souvent considérées comme des rochers peuplés par les seuls “gabians”, les îles de Marseille sont en réalité les derniers refuges pour un grand nombre d’espèces animales en quête de tranquillité. Lieux de vie éloignée de l’agitation continentale, les archipels abritent une faune remarquable, discrète et fragile mais menacées.

 

Insectes

Les îles, du fait de leur isolement, des conditions climatiques particulières qui y règnent et de la singularité de leur flore, abritent des communautés d’insectes également remarquables.

Plus de 275 espèces d’insectes ont été recensés sur les archipels marseillais dont 20 d’intérêt patrimonial majeur. Il s’agit d’espèces rarissimes, endémiques des côtes provençales, ou encore, pour certaines, aujourd’hui disparues du continent.

D’autres sont des témoins de l’histoire de ces îles tel que l’Arade des Poutres, espèce algérienne et du sud de l’Espagne, qui se rencontre, en France, uniquement au Frioul sur les poutres d’une vieille porte de l’hôpital Caroline. L’arrivée de cette espèce sur les îles, ainsi que du Zophosis errant (Coléoptère) dont la présence sur le Frioul est très étonnante, s’avère probablement liée aux mises en quarantaine des navires abordant le port de Marseille. Sur les îles, un magnifique papillon de jour vit dans des milieux secs et ouverts de type garrigues, les éboulis et les pentes sèches bien exposées au soleil. Sa chenille se nourrit exclusivement d’Aristoloche pistoloche, plante indispensable à la survie de cet insecte et a donc expressément besoin de cette plante pour survivre. Il s’agit de la Proserpine (Zerynthia rumina) qui bénéficie d’une protection nationale.

 

 

Reptiles

Cinq espèces de reptiles vivent sur les îles de Marseille, elles sont toutes protégées.

– Le Lézard des murailles (Podarcis muralis), très commun en France, présente sur les îles de Marseille un intérêt patrimonial de tout premier ordre. En effet, les populations de chaque île, sont isolées les unes des autre, et de celles du continent, depuis près de 6 000 ans. Cette espèce a donc évolué différemment d’un site à l’autre et, aujourd’hui, les individus présentent des différenciations morphogénétiques intéressantes.

– Le Lézard sicilien (Podarcis sicula), anciennement appelé Lézard des ruines, est présent, en France, uniquement en Corse, à Toulon et sur l’île d’If (Archipel du Frioul) où il a été introduit. Originaire d’Italie, il a colonisé de nombreuses îles de Méditerranée. C’est une espèce compétitrice du Lézard des murailles les deux espèces appréciant les milieux ouverts et les substrats calcaires.

– La Coronelle girondine (Coronella girondica) ou Couleuvre bordelaise est une couleuvre inoffensive et très discrète. C’est l’un des plus petits serpents d’Europe. Elle n’est présente que sur l’archipel du Frioul où la journée, elle chasse à l’affût des petits lézards.

– A l’inverse de la Coronelle girondine,  la Couleuvre de Montpellier (Malpolon monspessulanus), est peu discrète lorsqu’elle s’enfuit mais également quand elle chasse. Elle siffle bruyamment en cas de danger et peut se montrer agressive. De grande taille (160-180cm), ce serpent est pourtant très craintif.

– Protégé à l’échelle mondiale, le Phyllodactyle d’Europe (Euleptes europaea)  est un tout petit gecko nocturne rarissime, endémique des îles de la mer Tyrrhénienne. Les îles de Marseille abritent une très belle population qui se trouve en limite d’aire de répartition. La pollution lumineuse (lien vers page « enjeux » : fréquentation humaine et activités), les goélands ainsi que la prédation par les Rats noirs constituent les principales menaces qui pèsent sur cette espèce.

 

 

Oiseaux

L’un des intérêts majeurs des archipels marseillais tient dans le fait qu’ils constituent un site d’importance primordiale pour la reproduction des oiseaux marins méditerranéens. Ils sont ainsi le seul site français abritant les trois espèces d’albatros présents en Méditerranée.

Les îles de Marseille accueillent également d’autres espèces, souvent rares et prestigieuses, qui utilisent les hautes falaises calcaires ou les buissons de lentisque et de romarin pour installer leur nid.

Ainsi, 16 espèces se reproduisent sur les archipels. Ce sont :

  • des espèces marines (lien vers partie « espèces marines »): Puffin cendré, Puffin yelkouan, Océanite tempête de Méditerranée, Cormoran huppé méditerranéen et Goéland leucophée,
  • des espèces rupestres(lien vers partie « espèces rupestres ») : Faucon pèlerin, Faucon crécerelle, Chouette chevêche, Grand-duc d’Europe, Merle bleu, Martinet pâle, Martinet à ventre blanc et Choucas des tours,
  • des espèces des garrigues(lien vers partie « espèces des garrigues») : Rouge-queue noir, Fauvette mélanocéphale, Moineau domestique.

(Lien vers enjeux)

Ces espèces ont besoin de tranquillité pour assurer les impératifs de la reproduction. La fréquentation des sites et l’augmentation exponentielle des goélands sont à l’origine de multiples perturbations (Lien vers enjeux) mettant en péril le maintien des populations d’oiseaux remarquables sur ces archipels.

 

Situées sur un important couloir de migration, les îles de Marseille constituent également des sites de repos pour un grand nombre d’oiseaux au cours de leur voyage. Ainsi, plus de 200 espèces d’oiseaux ont été observées sur les îles où elles viennent hiverner, se reposer ou ne faire que passer… (lien vers partie « espèces de passage »)

 

Espèces marines

Le Cormoran huppé méditerranéen

(Phalacrocorax aristotelis desmarestii)

Contrairement à son cousin le Grand cormoran, ce petit oiseau au plumage noirâtre est exclusivement marin et fréquente les eaux côtières où il niche dans les falaises des îlots rocheux. Cette espèce endémique de Méditerranée, protégée au niveau européen, n’est présente sur les îles de Marseille que depuis 1999. Toutefois, avec ses cinq couples nicheurs, l’île de Riou représente le seul site de reproduction connu sur les côtes continentales françaises de Méditerranée pour cette espèce.

 

L’Océanite tempête de Méditerranée

(Hydrobates pelagicus melitensis)

L’Océanite tempête de Méditerranée est l’oiseau marin de la famille des albatros le plus petit d’Europe. Cette espèce ne vient sur terre qu’à la nuit tombée pour nicher en colonies, dans des cavités situées en falaise littorale, sous des blocs rocheux, en zone d’éboulis ou dans des fissures rocheuses.

Rarissime et endémique de Méditerranée, cet oiseau, aussi appelé Pétrel tempête, est donc protégé au niveau européen.

Après la disparition de nombreux couples d’océanites au niveau national, les îles de Marseille n’accueillent aujourd’hui que quelques dizaines de couples, isolés et à l’abri des prédateurs, Ces îles sont néanmoins le seul site connu du littoral provençal de Méditerranée où l’espèce est présente.

 

Le Puffin cendré

(Calonectris diomedea diomedea)

Plus grand représentant de la famille des albatros nichant en Europe, cet oiseau de haute mer au plumage cendré et au bec jaune, ne fréquente les colonies de reproduction que la nuit et niche dans des terriers situés dans des failles, crevasses et autres cavités naturelles. Ce grand voilier hiverne en mer, au large de l’Afrique australe et ne revient sur les îles, que durant la période de reproduction. Le Puffin cendré, espèce protégée en France et en Europe, est présent sur les archipels de Riou et du Frioul.

 

Le Puffin yelkouan

(Puffinus yelkouan)

Ce petit albatros, différenciable de son cousin cendré par un plumage plus sombre et un bec noir, fréquente les colonies uniquement la nuit. Les sites de reproduction, strictement insulaires, sont situés sur des falaises littorales où les couples nichent dans des terriers, fissures, sous des gros blocs rocheux ou dans de petites grottes. Endémique de Méditerranée, ce puffin extrêmement menacé et donc protégé au niveau européen se reproduit actuellement, en France, uniquement sur les îles provençales

 

Le Goéland leucophée

(Larus michahellis)

Oiseau marin côtier, bien plus grand que ses cousines les mouettes et reconnaissable à ces pattes et son bec jaune, le « gabian » niche à terre, en colonie, principalement sur des îles et des îlots. En France, l’espèce est essentiellement présente sur la côte méditerranéenne, en Camargue et sur les îles de Marseille. Sur ces îles, elle constitue l’espèce nicheuse la plus représentée dans le paysage tant par ses effectifs (23 000 couples en 2005) que par son activité. La surabondance des goélands sur les îles est à l’origine d’une grave perturbation du fonctionnement de l’écosystème insulaire (lien vers page « Enjeux » : les espèces envahissantes). La population marseillaise de Goéland leucophée représente prés de 50% des effectifs nationaux, soit presque 10% de la population mondiale.

 

 

Espèces rupestres

Le Faucon pèlerin

(Falco peregrinus)

Prédateur, considéré comme un des plus rapides du monde, le Faucon pèlerin est un spécialiste de la chasse aux oiseaux. La population des Bouches-du-Rhône de ce prestigieux rapace se résume à 12 couples confinés au littoral rocheux, où il est partiellement sédentaire et niche dans les falaises maritimes.

Rapace diurne, fragile et protégé, « le pèlerin » trouve sur les îles de Marseille un important site de passage d’oiseaux migrateurs et donc un garde-manger inépuisable. C’est probablement pourquoi cette espèce y est représentée par cinq couples.

 

Le Grand-duc d’Europe

(Bubo bubo)

Rapace nocturne particulièrement imposant et facilement reconnaissable grâce à ces grands yeux rouge-orangé et ces longues aigrettes, le Grand-duc niche principalement sur substrat rocheux, généralement au niveau de vires rocheuses. Les Bouches-du-Rhône héberge un minimum de 120 couples de ce hibou sédentaire et territorial, mais sur les îles de Marseille, il n’est actuellement présent que sur l’archipel de Riou. Essentiellement prédateur de lapins, rats et goélands, il lui arrive également de s’attaquer aux puffins.

 

Le Choucas des tours

(Corvus monedula)

De la famille des corbeaux ou des pies, dont il est le plus petit représentant, le choucas se distingue dans le ciel des îles par son plumage noir, sa tache grise sur la nuque et ses yeux clairs. Oiseau sociable, vif et bruyant, il niche en petites colonies et recherche sa nourriture en groupe. Le Choucas des tours est régulièrement observé sur les archipels marseillais où il se reproduit en grand nombre dans les falaises des grandes îles.

 

Le Martinet pâle

(Apus pallidus)

Cousin du Martinet noir, que l’on observe en été dans le ciel de nos villes, le Martinet pâle s’en distingue, comme son nom l’indique, par son plumage d’un brun plus pâle et sa tâche blanche sur la gorge.

Ce grand migrateur insectivore, qui hiverne en Afrique tropicale, vient se reproduire le long des côtes méditerranéennes où il niche, en colonie, dans les anfractuosités des falaises côtières.

Dix colonies sont actuellement recensées au Frioul et une vingtaine sur l’archipel de Riou.

 

La Chouette chevêche

(Athene noctua)

Petite chouette à la tête plate et ronde, et aux yeux jaunes, elle était dans l’antiquité l’emblème d’Athéna, déesse de la sagesse et de la science, d’où son nom. Ce rapace nocturne se nourrit essentiellement de petits vertébrés et d’insectes et niche sur les îles en falaises, à même le sol dans des cavités.Alors que l’espèce connaît une régression importante sur l’ensemble de son aire de répartition, un minimum de cinq couples, est présent sur le Frioul et un nouveau couple se reproduit depuis deux ans sur l’archipel de Riou. Les archipels marseillais représentent ainsi les seules îles de la région méditerranéenne française où niche cette espèce, renforçant le caractère patrimonial de cette population insulaire.

 

Le Faucon crécerelle

(Falco tinnunculus)

Petit faucon très commun au corps roussâtre moucheté de noir, avec la tête et la queue bleu-gris chez le mâle, il est particulièrement identifiable à sa façon de voler sur place dans la position dite du « Saint-Esprit ». Sur les îles de Marseille, où un minimum de quatre couples nicheurs est présent, il se reproduit dans des parois rocheuses et se nourrit essentiellement d’insectes et de lézards

 

Le Monticole bleu

(Monticola solitarius)

Entièrement bleu et de la taille d’un merle, d’où son autre nom de « Merle bleu », ce petit oiseau apprécie les secteurs rocailleux ensoleillés, les ruines et les côtes rocheuses. Espèce méridionale par excellence, il niche dans des anfractuosités rocheuses et est régulièrement observé en train de voler nerveusement dans les rochers en quête d’insectes ou posé en évidence sur les crêtes

Sept couples ont été recensés sur les archipels marseillais dont trois au Frioul et quatre sur l’archipel de Riou

 

Le Martinet à ventre blanc

(Tachymarptis melba)

Le Martinet à ventre blanc ou Martinet alpin est le plus grand des martinets d’Europe. Il est reconnaissable à son imposante envergure (par rapport aux autres martinets) et à son ventre blanc pur. Oiseau migrateur qui part hiverner en Afrique australe, il niche en colonie sur les parois rocheuses ou les falaises littorales, dans des nids similaires à ceux des hirondelles. Ces courtes pattes et ses longue ailes l’empêchant de marcher, cette espèce ne se pose qu’à de rares occasions et uniquement en falaises. Elle passe donc la majeure partie de sa vie en l’air ayant même appris à se reproduire et se nourrir en vol.

Sur les îles de Marseille, six colonies sont présentes, soit une soixantaine de couples

 

 

 

Espèces des Garrigues

 

Le Rouge-queue-noir

(Phoenicurus ochruros)

Le Rouge-queue noir, qui doit son nom à la couleur rouge-orangée de sa queue, est un petit oiseau de la taille d’un Rouge-gorge qui affectionne particulièrement les secteurs de rocailles et les vieux murs en pierres sèches pourvus de nombreuses anfractuosités. Oiseau terrestre qui bouge en permanence, on l’observe souvent perché sur des sites exposés, debout bien droit et agitant sa queue de façon saccadée. Il est régulièrement observé dans les petites falaises des deux archipels marseillais

 

 

La Fauvette mélonocéphale

(Sylvia melanocephala)

Cette fauvette qui doit son nom au capuchon noir anthracite qu’arbore le mâle est également reconnaissable à l’anneau rouge carmin qui lui cercle les yeux. Espèce méditerranéenne aimant la chaleur, elle niche dans les zones buissonnantes des garrigues et maquis. Ce petit oiseau furtif et territorial est assez difficilement observable. Il ne se perche que brièvement avant de plonger dans la végétation. Sur les îles de Marseille, on la trouve en abondance dans les fourrés denses de lentisques où elle installe son nid et se met volontiers à l’abri.

 

Le Moineau domestique

(Passer domesticus)

Si connu qu’il n’est pas nécessaire de le présenter, le Moineau domestique est l’un des oiseaux les plus communs d’Europe.

Sur les îles de Marseille, on ne le retrouve que sur le Frioul, autour des habitations du village.

 

 

Espèces de passage

 

Parmi celles-ci, deux espèces hivernantes s’avèrent particulièrement intéressantes

 

Le Crave à bec rouge

(Pyrrhocorax pyrrhocorax)

Grand oiseau noir de la famille des choucas et des corbeaux, le Crave à bec rouge se caractérise, comme son nom l’indique, par un bec rouge qui est recourbé ainsi que des pattes de cette même couleur. Cette espèce de haute montagne se reproduit principalement dans les reliefs alpins, à proximité de pâturages, mais hiverne sur les îles.

Oiseau grégaire, les craves forment des groupes pour se nourrir. En hiver, il est donc possible d’observer, sur les îles, de grands rassemblements pouvant regrouper jusqu’à 150 individus se nourrissant d’invertébrés sur les pelouses littorales.

 

Le Tichodrome échelette

(Tichodroma muraria)

Petit oiseau montagnard aux larges ailes arrondies marquées de grandes taches rouge-carmin et pourvu d’un long bec fin, légèrement courbé, caractéristique des insectivores, le tichodrome est un visiteur hivernal des îles de Marseille. Cette espèce niche essentiellement au cœur des massifs alpins et pyrénéens, dans les falaises et les parois escarpées.

Peu farouche et solitaire, il se fond facilement avec son environnement lorsqu’il est posé mais peut être observé si l’on scrute attentivement les falaises qu’il arpente à la recherche de nourriture.

 

 

– Mammifères

Les rares mammifères présents sur les îles sont pour la plus part des espèces introduites volontairement tel que le Lapin de Garenne et le chat, ou accidentellement comme le Rat noir et la Souris domestique. Les seules mammifères indigènes des îles sont la Musaraigne des jardins et le Molosse de Cestoni, la plus grande chauve-souris d’Europe.

 

Les rats noirs (Rattus rattus) auraient été introduits sur les îles dès l’Antiquité. Aujourd’hui, l’accroissement démographique très important des goélands (lien vers page « Enjeux » : les espèces envahissantes) est directement responsable de leur prolifération. Les densités de rat sont aujourd’hui très importantes sur certaines îles, puisqu’en 1998 on notait en moyenne 167 rats/hectare sur Riou et, sur certains secteurs de l’île, les densités étaient supérieures à 210 rats/hectare. Aujourd’hui, l’espèce a été éradiquée (lien vers page « gestion des espèces envahissantes » ) de quelques îles et îlots.

 

Le Lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus), a été volontairement introduit sur les îles de Marseille. Tout d’abord au XVIIIème siècle sur Riou, par les gardiens de la vigie, puis dans les années 1980 sur les autres îles. Il est aujourd’hui présent en grand nombre sur les îles de Riou, Pomègues et Ratonneau, bénéficiant de l’augmentation de la biomasse végétale engendrée par l’explosion démographique des Goélands leucophées.